Revue

N56 | 2022

Sociétés politiques comparées, 55, septembre/décembre 2021

Varia

Pour une histoire africaine de la statistique. Les enquêtes et l’identification des bénéficiaires dans la mise en place d’une protection sociale au Maroc

Boris Samuel

Cet article montre ce qu’une sociologie historique des enquêtes sociales peut apporter à la compréhension des rapports entre État et citoyens, au Maroc et ailleurs en Afrique. Il revient sur la littérature sur les enquêtes depuis la période coloniale et sur ses apports dans l’étude des nouvelles politiques sociales qui emploient des registres biométriques. Depuis le milieu des années 2000, le gouvernement marocain a mis en place des transferts sociaux ciblés destinés aux citoyens « pauvres » et « vulnérables », en vue de remplacer les subventions sur les produits de base en place depuis 1941. Le ciblage, encouragé par la Banque mondiale depuis les années 1980, repose sur la constitution de registres de population, et l’emploi de données issues d’enquêtes auprès des ménages et de recensements. Il prend une importance croissante dans le Royaume, mais les expériences conduites dans le cadre du régime d’assistance médicale (RAMED) ont révélé une défiance des citoyens vis-à-vis de l’usage des catégories statistiques de la pauvreté et des techniques d’identification des bénéficiaires.

Charivaria

Auto-ethnographie de l’évaluation de l’enseignant-chercheur. L’invention subreptice d’un monstre bureaucratique

Yvan Droz

Les enseignants-chercheurs sont toujours plus soumis à des évaluations de leurs productions scientifiques. Une auto-ethnographie du processus qui a conduit à la mise en place de l’évaluation des enseignantschercheurs au sein d’un Institut souligne le bricolage et le hasard – voire l’absurdité – qui président à cette bureaucratisation et à la « mise en points » de la recherche. Elle analyse les conséquences concrètes de ce processus qui conduit à la création subreptice d’un monstre bureaucratique kafkaïen : octroi de points pour les publications selon des listes de revues « classées » par des bibliothécaires et pour l’obtention de projets de recherche financés, mépris pour l’enseignement et l’encadrement de mémoires de master ou de thèses de doctorat, avalanche de reporting, statistiques aveugles, multiplication des apparatchiks de la recherche, etc. L’ironie reste le seul moyen d’évoquer cette tragique évolution d’un beau métier…

Mémorial, le reflet de 30 ans d’histoire de la Russie

Alain Blum

Le 28 décembre 2021, la Cour suprême de la Fédération de Russie décidait de la liquidation de l’organisation Mémorial International, confirmée en appel quatre jours après l’agression de l’Ukraine par la Russie. Ces jugements ont mis un terme à l’existence d’une ONG, essentielle à l’écriture de l’histoire des violences politiques durant la période soviétique, et en particulier durant le stalinisme, essentielle aussi à la conservation de la mémoire. Immensément respectée, cette association avait réussi à se faire une place unique dans le paysage des acteurs de l’histoire et de la mémoire. Son histoire est étroitement articulée à celles de l’URSS et de la Russie, témoignant autant du bouillonnement social et intellectuel de la perestroïka que de la violence du contrôle politique et autocratique depuis les années 2000.

Quand une étudiante doit rédiger un compte rendu de lecture sur un ouvrage de Fariba Adelkhah

Nathan Jobert, Margot Gavelle, Jean-François Bayart

Une étudiante de science politique a pris le parti de transformer l’exercice scolaire de la rédaction d’une fiche de lecture sur un ouvrage de Fariba Adelkhah en une lettre adressée à la prisonnière scientifique. Sans bien sûr se substituer à la destinataire de cette missive, mais à la lecture de celle-ci, Jean-François Bayart précise et développe certains points, nourrissant ainsi un dialogue fécond autour de l’oeuvre de Fariba Adelkhah.

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